Que deviennent nos déchets ? Visite au cœur de l’incinérateur de Toulouse

Que deviennent nos déchets ? Visite de l'un des plus grands incinérateurs de France

À l’initiative de Zero Waste Toulouse, l’équipe d’Hector le Collector a franchi les portes de l’UVE de Toulouse, l’une des plus grandes unités de valorisation énergétique de France. Objectif de la visite : comprendre, sur le terrain, ce que deviennent les déchets une fois la poubelle noire refermée, et mieux saisir le rôle et les limites de l’incinération dans la gestion des déchets aujourd’hui.

Ce lieu, ouvert au grand public, marque le point final du parcours de nombreux déchets du territoire. Derrière ces murs, des milliers de tonnes d’ordures sont traitées chaque année, transformées en énergie et en résidus. Une visite pour comprendre, concrètement, ce que deviennent nos déchets une fois la benne refermée.

Bienvenue à l'incinérateur de Toulouse (UVE)
Point de départ de la visite et premières consignes de sécurité

Regroupés à l’heure dite devant le point de rassemblement, nous faisons la connaissance de Séverine, notre guide du jour, envoyée par Decoset, le syndicat public en charge du traitement des déchets de l’aire toulousaine. Elle nous accueille et nous conduit à l’intérieur du site.

Dès l’entrée, le lieu surprend. Ici, on ne parle plus vraiment d’incinérateur, mais d’UVE – Unité de Valorisation Énergétique. Un changement de vocabulaire qui dit beaucoup de l’évolution du discours autour de ces installations… et force est de reconnaître que la communication a bien travaillé. Le bâtiment est propre, structuré, clairement pensé pour accueillir du public et sensibiliser. Aucune odeur particulière à signaler, loin des clichés souvent associés à ce type d’équipement industriel.

Il faut dire que le site du Mirail n’est pas n’importe quel incinérateur : mis en service il y a plus de 50 ans, il figure parmi les plus importants de France en capacité de traitement. Ici sont incinérées les ordures ménagères de la métropole toulousaine et au-delà, et l’usine tourne 24h/24. Autant dire que nous sommes impatients d’en apprendre plus sur ce monstre énergétique qui avale nos déchets par milliers de tonnes.

Briefing en salle : contexte et consignes de sécurité

Une fois nos gilets de sécurité enfilés (obligatoires pour la visite), la session débute par un petit briefing bien au chaud dans une salle de réunion. Dans une vaste salle de projection, l’équipe Hector écoute attentivement Séverine qui nous présente le site et son fonctionnement général. Sécurité avant tout : on nous rappelle de rester groupés, de ne rien toucher sans autorisation. Un schéma nous montre le trajet des déchets depuis la benne à ordures jusqu’à la cheminée, en passant par la fosse de stockage, le four, la chaudière et tout un système de traitement des fumées.

explications sur le fonctionnement global de l'UVE de Toulouse
Comment fonctionne une unité de valorisation énergétique ?

On apprend également que l’incinérateur du Mirail est exploité dans le cadre d’un contrat de délégation de service public piloté par le syndicat mixte Decoset (qui regroupe Toulouse Métropole et d’autres intercommunalités voisines). Depuis peu, c’est l’entreprise Suez (sous l’enseigne locale Evoneo) qui opère l’usine, suite à un marché public remporté récemment. L’installation peut traiter jusqu’à 320 000 tonnes de déchets par an, ce qui en fait l’un des plus gros incinérateurs du pays.

En 2022, chaque habitant du territoire de Decoset a produit en moyenne 436 kg de déchets (toutes filières confondues), dont environ 250 kg d’ordures ménagères résiduelles par personne – de quoi alimenter copieusement le four tout au long de l’année. Ce rappel chiffré nous fait réfléchir : notre visite prend tout son sens quand on réalise la masse de déchets générée par chacun et l’enjeu que représente leur traitement.

Dans la fosse aux déchets : le royaume du grappin géant

Brassage, silence… et plouf. C’est le bruit impressionnant que fait une montagne d’ordures ménagères lorsqu’elle est lâchée par un grappin géant au fond de la fosse à déchets. Dès que nous entrons dans la halle de réception, nous ressentons tous l’immensité des entrailles du site. Nous nous penchons au-dessus de la fosse (protégée par une baie vitrée) : c’est un immense puits de 60 mètres de long pour 11 mètres de large, assez profond pour engloutir un immeuble de plusieurs étages. Au fond, c’est un véritable océan de déchets qui s’étend sous nos yeux, un amalgame hétéroclite de sacs poubelles, de vieux matelas et d’encombrants divers. La fosse peut contenir jusqu’à 4 000 tonnes d’ordures en attente d’incinération ! Nous restons bouche bée devant ce spectacle peu ragoûtant mais fascinant, prenant pleinement conscience de la démesure de nos poubelles accumulées.

Le grappin de l'incinérateur peut capturer jusqu'à 2 tonnes d'ordures
Le grappin est capable de saisir jusqu’à 2 tonnes de déchets à la fois !

Depuis sa cabine vitrée perchée en hauteur, le pontier – comprenez l’opérateur de la grue – surveille et gère ce stock en permanence. Armé de son joystick, il manipule un grappin d’acier aussi large qu’une petite voiture, qu’il plonge dans la masse de déchets pour en soulever d’énormes quantités d’un coup. Chaque « prise » de grappin peut peser jusqu’à 2 tonnes (l’équivalent de deux Twingo !) et, tel un jeu d’adresse géant, le pontier déverse ensuite ces déchets dans la trémie d’alimentation du four.

Nous avons la chance de pouvoir l’observer en plein travail : concentré devant ses écrans de contrôle, il enchaîne les manœuvres avec une précision étonnante. Plusieurs centaines de gestes de grappin par poste de travail sont nécessaires pour alimenter en continu les deux lignes de fours de l’usine – un véritable ballet mécanique qui assure que rien ne vienne interrompre la combustion. En discutant avec lui, on devine la fierté et la responsabilité qui accompagnent ce poste clé : « Il faut de la coordination et garder son calme, sinon gare aux dégâts ! » nous confie-t-il tandis qu’une nouvelle fournée de détritus s’abat dans un fracas sourd au fond de la fosse.

L'opérateur du grappin en pleine action
Le pontier en action : Un métier clé, loin des clichés.

Au cœur du processus : contrôle-commande et flammes de l’enfer

Derrière une baie vitrée surplombant la fosse, plusieurs opérateurs surveillent des écrans bourrés de chiffres en temps réel : température des fours, taux d’oxygène, niveau des cuves, indicateurs d’émissions atmosphériques… Toute l’usine peut être pilotée d’ici, ce qui en fait le véritable cerveau de l’incinérateur. Le décor est digne d’une tour de contrôle d’aéroport, avec en prime la vue sur le pontier qui continue inlassablement ses rotations de grappin en contrebas. Il faut maintenir une température d’au moins 850°C en permanence dans le four pour garantir la destruction des composés nocifs (les fours du Mirail tournent même autour de 1000°C la plupart du temps) et ajuster en continu l’alimentation en déchets et en air comburant. Pas question que le feu s’éteigne : l’incinération doit être continue pour être efficace.

Nous n’avons pas eu l’occasion d’accéder directement au four en fonctionnement, pour des raisons évidentes de sécurité. En revanche, les équipes nous ont apporté des explications détaillées sur le processus de combustion, les températures atteintes et les dispositifs de contrôle mis en place pour garantir une incinération continue et maîtrisée.

Notre guide nous explique que cet Équipement de Protection Individuelle (EPI) est indispensable pour certaines opérations de maintenance à proximité du foyer ou lors de situations exceptionnelles. Heureusement, nous n’aurons pas à l’enfiler aujourd’hui ! Voir de si près le feu qui réduit en cendres nos ordures est un moment fort de la visite, presque symbolique : derrière la banalité de nos poubelles hebdomadaires se cache une fournaise technologique surveillée comme du lait sur le feu.

Un équipement de sécurité spécifique pour l'incinérateur
Combinaison de protection thermique

Après le feu : que reste-t-il une fois les déchets brûlés ?

Quittons les flammes pour découvrir l’envers du décor une fois la combustion terminée. Car brûler 1 tonne de déchets ne les fait pas disparaître magiquement en fumée : il reste des résidus, et pas qu’un peu ! D’abord, le fond du four récupère les mâchefers, ces scories et cendres pesantes qui représentent environ 25 % du poids initial des ordures incinérées. Au Mirail, ces mâchefers tombent sur des convoyeurs et sont refroidis, puis stockés sur site. Ils feront l’objet d’un traitement ultérieur (criblage, maturation) pour être valorisés notamment dans les travaux publics : après quelques mois à l’air libre pour évacuer métaux et gaz résiduels, ils pourront servir de sous-couche routière par exemple au lieu d’être simplement enfouis.

Le mâchefer est un résidu solide dur provenant de divers matériaux chauffés à hautes
Stockage des mâchefers : Ce qu’il reste après l’incinération

Ensuite viennent les cendres et résidus plus fins, issus de l’épuration des fumées, qu’on appelle REFIOM (résidus d’épuration des fumées d’incinération des ordures ménagères). Eux ne représentent qu’environ 3 % de la masse traitée, mais ce sont les déchets les plus problématiques : chargés de métaux lourds, de dioxines et autres polluants piégés par les filtres, ils doivent être stabilisés puis envoyés en centre de stockage de déchets dangereux. Nous apprenons que depuis 2024, l’usine du Mirail mett en place un tri plus poussé de ces REFIOM afin d’en extraire certaines fractions valorisables (métaux, sels) et de réduire encore le volume ultime à envoyer en déchetterie spécialisée. C’est un progrès notable, car chaque kilo évité est bon à prendre quand il s’agit de déchets toxiques.

Enfin, il ne faut pas oublier que brûler des déchets génère aussi des eaux usées : notamment celles issues du lavage des fumées et du refroidissement. Ici, bonne surprise, l’incinérateur dispose de sa propre station d’épuration (STEP) sur site. Tout le traitement des eaux se fait en interne, ce qui évite de surcharger les réseaux publics. Les eaux sont traitées rigoureusement pour respecter les normes avant d’être rejetées, et les boues issues de cette épuration sont elles-mêmes incinérées dans le four. Rien ne se perd… ou presque.

Valorisation énergétique : 1 tonne de déchets = 1000 kWh

Brûler des déchets ne sert pas qu’à réduire leur volume, c’est aussi un moyen d’en tirer de l’énergie utile. Notre visite se poursuit du côté des installations de valorisation énergétique, où l’on découvre comment la chaleur des fours est exploitée. Concrètement, les gaz de combustion à plus de 1000°C circulent dans une chaudière où ils chauffent de l’eau. Cette eau se transforme en vapeur sous pression, laquelle fait tourner une turbine couplée à un alternateur : voilà pour l’électricité. Une partie de la vapeur est également injectée dans un réseau d’eau chaude pour alimenter le réseau de chaleur urbain de Toulouse.

Au final, on nous explique qu’une tonne de déchets incinérée produit en moyenne 1000 kWh d’énergie récupérée – sous forme d’électricité et de chaleur combinées. Cela permet par exemple de chauffer une bonne partie du quartier environnant. En effet, le réseau de chaleur du Mirail alimenté par l’incinérateur fournit chauffage et eau chaude à plus de 40 000 logements, universités et un cancéropole, ce qui est loin d’être négligeable pour la ville.

On se dit qu’au moins, toute cette chaleur des fours n’est pas perdue pour tout le monde !

Séverine, notre hôte durant la visite
Séverine notre guide pour la visite de l'UVE

La valorisation matière n’est pas en reste non plus. Sur le site, des équipements permettent de récupérer un maximum de métaux présents dans les mâchefers. Un énorme électro-aimant attire les ferrailles (fers à béton, boîtes de conserve fondues, objets métalliques divers) qui seront envoyées en aciérie pour recyclage. Pour les métaux non ferreux, comme l’aluminium ou le cuivre, c’est un autre procédé – un séparateur à courants de Foucault – qui expulse ces éléments vers un bac de collecte. Au final, plusieurs milliers de tonnes de métaux sont extraites chaque année des résidus de l’incinérateur du Mirail, et pourront entamer une seconde vie via le recyclage. Une belle illustration qu’avec un peu d’ingéniosité, nos déchets peuvent recéler de véritables mines urbaines.

D’où viennent les déchets incinérés ? Surprises et provenances

Une question nous taraudait depuis le début : quels déchets précisément brûle-t-on ici, et qui les envoie ? La réponse est assez édifiante. La grande majorité, 84 %, provient des collectivités adhérentes à DECOSET – en d’autres termes, de nos poubelles d’ordures ménagères et encombrants (dont biodéchets supposés triés, voir la liste), collectés dans les communes de l’aire toulousaine.

Le reste se partage entre environ 14 % de déchets apportés par des entreprises locales (déchets industriels banals compatibles avec l’incinération) et 1 % de DASRI, ces déchets médicaux à risque infectieux des hôpitaux et cliniques qui doivent impérativement être détruits à haute température.

Voir que même les déchets de soins finissent dans le même four nous rappelle que cette usine est un outil polyvalent, au service de la salubrité publique autant que de la gestion des déchets.

Pour finir la visite de l'UVE, un quiz autour du tri des déchets
Autopsie de la poubelle noire : la dure réalité à entendre

Séverine en profite pour nous raconter quelques anecdotes marquantes recueillies au fil des ans. Par exemple, l’incinérateur a déjà détecté un paratonnerre radioactif ou de gramments de météorites cachés dans une benne !

Ce genre d’objets (contenant du radium) est extrêmement dangereux : un système de capteurs a heureusement identifié la présence de radioactivité et permis de retirer l’objet avant qu’il ne passe au four. On imagine la scène d’un technicien voyant la sirène retentir à l’arrivée du camion et isolant le coupable – plus de peur que de mal.

Conclusion : l’incinération, un moindre mal à dépasser

La vraie conclusion à tirer de tout cela, c’est que nous avons le pouvoir d’agir en amont, bien avant que nos déchets n’atteignent la fosse du Mirail. Moins nous produirons de déchets, moins nous dépendrons de ces usines coûteuses et imparfaites. Trier mieux, valoriser nos biodéchets, éviter le gaspillage et les produits jetables, réparer et réutiliser autant que possible : ce sont autant de gestes qui, multipliés par des milliers de personnes, finiront par réduire la montagne d’ordures qui brûle chaque jour ici.

L’incinération restera peut-être nécessaire encore quelques années comme solution de rattrapage, mais notre modèle doit évoluer vers plus de sobriété et d’économie circulaire. C’est d’ailleurs tout l’enjeu des prochaines décennies : réussir à concilier nos modes de vie avec les limites planétaires, pour qu’un jour une visite d’incinérateur devienne obsolète. 

Julie valorise tous vos déchets à Toulouse
Julie est plus que jamais déterminée à aider les professionnels à trier leurs déchets

En attendant, cette expérience aura eu le mérite de nous ouvrir les yeux et de renforcer encore notre engagement : après avoir vu les flammes de près, promis, on fera tout pour alimenter le moins possible le monstre du Mirail !

Découvrez toutes les offres d’Hector

Restaurants, entreprises, commerces de proximité, coworking, Hector collecte tous les biodéchets des professionnels à Toulouse pour les valoriser et les transformer en énergie verte. Alors, à quand votre tour ?
Retour en haut