Depuis 2023, la conscience carbone dans le tourisme progresse, portée autant par l’inflation des coûts que par des règles européennes plus serrées. Mais à mesure que le débat “train vs avion” se banalise, un levier devient décisif pour la crédibilité des démarches RSE : l’hébergement, et surtout ce qui s’y passe (énergie, cuisine, déchets, preuve).
On connaît la scène. À Bordeaux, un groupe descend du train en se félicitant d’avoir évité l’avion. À Paris, un salon affiche “événement responsable”. À Nantes, une équipe achats demande des “preuves”. À Toulouse, on assume encore un vol… mais on promet de “compenser”. Puis vient la vraie vie : le petit-déjeuner, la pause-café, le buffet du soir. Et, derrière la porte battante des cuisines, des sacs de biodéchets qui s’empilent à l’heure du rush.
La transition du tourisme ne se joue pas uniquement dans le choix du mode de transport. Elle se joue dans la cohérence du séjour. Et cette cohérence commence souvent par l’hôtel.
Le ciel se durcit : carburant, SAF et fiscalité rendent l’arbitrage visible
Le transport reste la partie la plus exposée du tourisme… et depuis deux ans, le contexte le rend impossible à ignorer. D’abord parce que le carburant redevient une variable nerveuse : l’IATA publie un suivi hebdomadaire des prix du jet fuel, précisément parce que les variations se répercutent vite en coûts et en décisions d’exploitation.
Ensuite parce que l’Europe transforme progressivement l’avion en secteur “plein tarif carbone”. Deux textes structurent ce virage. Le premier, ReFuelEU Aviation, impose que le carburant mis à disposition dans les aéroports de l’UE intègre une part minimale de carburants d’aviation durables, avec une première marche à 2 % en 2025 (et une trajectoire de montée en puissance ensuite). Le second, la révision de l’EU ETS pour l’aviation, renforce le principe du pollueur-payeur : la Commission européenne indique que l’allocation gratuite de quotas diminue en 2024 et 2025, pour aller vers un passage au quasi “tout enchères” à partir de 2026.
À ces règles s’ajoute la fiscalité nationale. En France, la loi de finances 2025 a revalorisé la taxe de solidarité sur les billets d’avion : pour un billet en classe économique au départ de la France vers une destination en France ou en Europe, le montant passe à 7,40 € à compter du 1er mars 2025.
On pourrait croire que tout cela ne concerne que les directions voyages. En réalité, ces signaux ont un effet plus large : ils rendent l’empreinte carbone moins abstraite. Quand les coûts montent et que les règles se durcissent, le “réflexe avion” devient une décision à justifier. Et c’est là que le tourisme bascule dans une nouvelle phase : une fois l’arbitrage transport fait (souvent en faveur du train quand il est pertinent), le regard se déplace vers le reste du séjour. Vers l’hôtel.
L’hôtel bas carbone devient un critère stratégique, pas un bonus marketing
L’hôtellerie n’est plus un simple “poste logistique”. C’est le centre de gravité du séjour : on y dort, on y mange, on y travaille, on y tient parfois l’événement lui-même. C’est aussi l’endroit où une stratégie climat se transforme — ou se contredit — au quotidien.
La bonne nouvelle, c’est que le secteur bouge. Les labels, sans être parfaits, sont un bon thermomètre. En 2025, 2 428 établissements ont obtenu la Clef Verte en France (hébergements et restaurants), un record qui illustre l’accélération des démarches. À l’échelle européenne, l’EU Ecolabel pour l’hébergement touristique met l’accent sur des critères d’exploitation concrets : gestion environnementale, énergie, eau, déchets, et réduction du gaspillage.
Mais le sujet, pour un travel manager ou un responsable RSE, n’est pas de “cocher un badge”. Il est de sélectionner des hôtels capables de piloter et de prouver. Concrètement, cela veut dire trois choses.
D’abord, l’énergie : pas seulement “des ampoules LED”, mais une exploitation maîtrisée. L’ADEME, via ses fiches sectorielles, documente des mesures de sobriété très opérationnelles pour l’hébergement (chauffage, éclairage, usages, enseignes, mobilisation des équipes). Ensuite, les achats et la cuisine : c’est là que se loge une partie majeure des incohérences. Un hôtel peut réduire ses consommations électriques… et continuer à surproduire en buffet, à servir des menus trop carbonés, à jeter sans mesurer. Enfin, la preuve : les entreprises entrent dans un monde où le reporting devient normé. La CSRD rend progressivement obligatoire la publication d’informations de durabilité selon un calendrier d’entrée en vigueur ; pour certaines catégories d’entreprises, l’obligation commence dès l’exercice 2024 (première publication en 2025). Et côté climat, les ESRS demandent de structurer la lecture des émissions par scopes 1, 2 et 3.
Ce mot “Scope 3” peut sembler lointain. Il ne l’est plus : dès lors que vous demandez à vos prestataires (transport, hôtels, traiteurs) des données exploitables, vous transformez une intention en trajectoire. Les standards carbone de référence classent d’ailleurs le voyage d’affaires dans le Scope 3 (catégorie dédiée).
Voici une table simple que beaucoup d’équipes achats utilisent désormais comme grille de lecture. Elle ne remplace pas un audit, mais elle permet de passer du discours à l’opérationnel :
| Domaine | Ce que mettent en place les hôtels “en avance” | Ce que l’entreprise devrait demander (simplement) |
|---|---|---|
| Énergie | Pilotage des consommations, procédures d’exploitation, sensibilisation équipes, plan de sobriété | Indicateurs (même simples) de suivi énergie et actions en cours, référentiel interne ou adossement à des ressources type ADEME |
| Achats & cuisine | Cartes de saison, portions ajustées, optimisation des buffets, relation fournisseurs | Politique d’achats (local/saison), méthode anti-gaspillage (comment on ajuste les volumes), capacité à documenter |
| Déchets & biodéchets | Tri effectif en cuisine et en salle, circuit de collecte séparée, consignes claires | Preuve de tri à la source, filière de valorisation, dispositif adapté aux pics (événements) |
| Reporting | Consolidation de données (déchets, énergie, parfois carbone) et partage avec les clients pro | Un reporting exploitable pour vos obligations et vos indicateurs (CSRD/ESRS), pas uniquement une charte |
Événements, biodéchets et preuve : la cohérence se gagne en coulisses
Si l’hôtel devient stratégique, c’est aussi parce qu’il concentre un moment de vérité : l’événement. Petit-déjeuner de congrès, cocktail d’entreprise, séminaire résidentiel… Ces formats créent des pics : tout arrive d’un coup, tout doit être prêt à l’heure, et tout doit disparaître vite.
Or, depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets est généralisé : c’est une obligation qui concerne aussi les professionnels. Le ministère propose d’ailleurs une fiche pratique spécifiquement dédiée à l’événementiel et l’accueil de grands événements, preuve que le sujet est identifié comme un cas “à part”, avec ses contraintes propres.
Dans la réalité, ce n’est pas la mauvaise volonté qui bloque. C’est l’opérationnel : où placer les bacs quand l’espace est contraint ? Comment former vite des équipes en rotation ? Comment éviter que le tri ne s’effondre au moment du rush ? Comment collecter sans perturber la logistique du site ? Et, question devenue centrale, comment transformer ces gestes en données fiables ?
C’est exactement là que se jouent les partenariats utiles. Une solution dédiée aux hôtels comme Hector le Collector ne “verdit” pas un événement par magie ; elle sécurise l’exécution : tri sur site conçu pour les pics, collecte adaptée aux contraintes de l’établissement, suivi des volumes pour alimenter les indicateurs internes. Autrement dit : moins de friction pour les équipes, plus de preuves pour les entreprises, et une chaîne plus cohérente.
Une cohérence à construire jusqu’au bout
Pour avancer sans alourdir vos organisations, trois à cinq décisions suffisent souvent à changer la trajectoire : formalisez un standard “séjour bas carbone” qui inclut l’hôtel (pas seulement le transport) ; référencez vos hébergements sur des critères vérifiables (tri biodéchets, gestion énergie, capacité de reporting) ; exigez une organisation claire pour les événements (dispositif de tri, collecte, responsable opérationnel) ; demandez un suivi de volumes sur les flux déchets afin d’objectiver les progrès ; enfin, appuyez-vous sur des partenaires capables d’opérer dans les pics, plutôt que de faire porter l’effort sur des équipes déjà sous tension.
La conclusion, au fond, est simple : le débat “train vs avion” reste nécessaire, mais il n’est plus suffisant. À l’heure où la réglementation serre le ciel et où le reporting exige des preuves, l’hôtel devient le vrai poste de cohérence. Si vous voulez passer d’une intention à une chaîne maîtrisée — transport, hébergement, restauration, déchets, données — Hector peut vous aider à sécuriser le point le plus difficile : le terrain.